Les belles demeures du Pays basque

Côte Basque Madame N°30

Photos © Sébastien Minvielle

Patrimoine d'ici

Maison de l’infante à Saint-Jean-de-Luz, Appelez-la Joanoenia !

Par Zéphyrin Bonal, architecte d’intérieur

En exclusivité pour Côte Basque Madame, l’artiste Odile Artéon, l'une des enfants de la propriétaire Claude Artéon, occupante de la maison de l'Infante à Saint-Jean-de-Luz, avec Zéphyrin Bonal, architecte d’intérieur, nous ouvrent les portes de ce bijou architectural.

On connaît sa silhouette : ses tours, ses façades en pierres peintes façon briques roses, ses deux galeries à cinq arcades. On connaît son histoire : c’est ici que l’infante Marie-Thérèse d’Espagne séjourna lors de son mariage avec Louis XIV, le Roi Soleil. Mais derrière la grande histoire, se cachent les petites, les secrets, les trésors cachés… En exclusivité pour Côte Basque Madame, l’artiste Odile Artéon, occupante des lieux, avec Zéphyrin Bonal, architecte d’intérieur, nous ouvrent les portes de ce bijou architectural.

un peu d'histoire pour la maison de l'infante à saint-jean

Les archives ont été égarées mais on date la construction de la maison en 1640. Elle a ensuite été donnée, en remerciement, à un riche armateur basque, bienfaiteur de la ville, du nom de Jeannot de Haraneder. Il la rénovera dans le style des palais vénitiens qu’il fréquentait lors de ses nombreux voyages maritimes et la baptisa Joanoenia (Joano-eni-a « ce qui est à moi »). Par la suite vendue et revendue, la maison était, en 1854, la propriété d’un avocat parisien Émile Pécarrère. Le Luzien David Léon Daguerre l’acheta en 1872, puis elle entra dans la famille Debibié, qui fit fortune en Argentine dans l’industrie. Fille unique, Claude Descorps en hérita à l’âge de 12 ans, et épousa Jean Artéon, joaillier. Aujourd’hui, Odile Artéon, l’une de leurs quatre enfants, occupe ces lieux chargés d’histoire. Tiens, l’histoire, parlons-en. Ou plutôt rappelons-la. En juin 1660, en y passant deux nuits, Marie-Thérèse, infante d’Espagne, imprégna ces murs de son nom. Une plaque historique au-dessus de la porte le relate « L’infante je reçus l’an mil six cent soixante, on m’appelle depuis le châsteau de l’infante ». Par la suite, beaucoup de têtes couronnées y ont séjourné, Anne d’Autriche, les petits-fils de Louis XIV, le Duc de Bourgogne, le Duc de Berry, le Roi Philippe V, roi d’Espagne et père de l’infante, Napoléon III et Eugénie. 

La Maison de l'infante ? On dirait Venise…

Joanoenia, selon la volonté de Jeannot de Haraneder, est la réplique d’un palais qui se trouve sur le Grand Canal de Venise. Au premier niveau, derrière la galerie à l’italienne, se trouvent le salon de réception, la chambre de l’infante et la salle des poutres. Le deuxième étage accueille les appartements privés d’Odile Artéon. « Le soir, quand je dîne devant la fenêtre avec la vue sur le port, et un peu de musique, j’ai l’impression d’être dans un restaurant sur le Grand Canal à Venise » s’amuse Odile. Comme on la comprend ! La cheminée, le grand tableau représentant le traité des Pyrénées, les parquets fabriqués par les charpentiers de marine, les poutres et les fenêtres en arcade apportent une atmosphère unique. Au-delà de ces vestiges de l’histoire, il se dégage des lieux quelque chose de magique… Ici, les nombreux anges veillent et les tableaux d’Odile remplissent la pièce de lumière et de bienveillance. Simples et puissants, argentés et dorés, ils dégagent une énergie subtile, spirituelle voire mystique. « Quand je peins, je me sens guidé par l’énergie de la lumière du Roi Soleil, les matériaux que j’utilise jouent un rôle protecteur et l’or transcende la lumière » explique l’artiste.

De la tour de la vigie, une vue imprenable à 360° sur Saint-Jean-de-Luz

A Joanoenia, il y a des trésors connus. Comme la cheminée monumentale en pierres sculptées de dauphins couronnés et de têtes d’angelots. Ou encore les poutres richement décorées de monstres mythiques, de motifs à l’alchimie non élucidée, et de saintes écritures seulement découvertes en 1996. Mais pour entrevoir le plus intime des secrets, il va falloir grimper ! Après avoir déambulé dans un dédale d’escaliers, chambres, antichambres et couloirs, un petit escalier en bois se dresse devant nous comme un appel. Dire que Napoléon et Vauban ont foulé ces marches… En haut, la pièce carrée est percée de quatre fenêtres donnant sur les vues les plus emblématiques de la ville : la Baie, Ciboure, le fort de Socoa, le Port et la Rhune, la place Louis XIV. On comprend aisément que, depuis cette tour, le maitre des lieux pouvait facilement observer les navires de commerce et de chasse à la baleine.

Zéphyrin, qu’est-ce qui rend JOANOENIA si unique ?

Avec ses doubles arcades de galerie à la vénitienne, ses colonnades et son porche, la maison est exceptionnelle du point de vue architectural. Les façades sont inscrites aux monuments historiques depuis 1925 et l’ensemble depuis 1992. Avant cela, Joanoenia a largement évolué. Chaque propriétaire y a apporté sa touche. Au cœur de Saint-Jean-de-Luz, cette maison, d’apparence si singulière, s’intègre pourtant parfaitement dans l’architecture basque.

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