Arty

Côte Basque Madame N°33

©Sébastien Minvielle

Interview

Interview de Thierry Malandain, chorégraphe académicien

Par Christine Vignau Balency

Le 6 avril, à Paris, Thierry Malandain, directeur du Centre Chorégraphique National Malandain Ballet Biarritz, a été installé à l’Académie des Beaux-Arts, dans la nouvelle section « art chorégraphique ».

Nous l’avons retrouvé quelques jours plus tard, à la gare du Midi, dans son habit confectionné par l’Atelier Renaissance, et avec le fameux bâton conçu par Origine Ateliers (Biarritz) avec un bois pour makila de l’atelier Aincart Bergara (Larressore). Si l’homme porte un costume de lumière, il est assurément plus à l’aise à l’ombre. Passionné d’histoire, timide, travailleur acharné et d’une touchante humilité.

Interview exclusive

Comment s’est passée cette installation ? 

Thierry Malandain : C’était impressionnant et très ritualisé mais dans une ambiance très sympathique. La bienveillance des autres académiciens a tempéré le stress et l’angoisse. Après une série de photos officielles prises en habit, notamment dans la bibliothèque, j’ai descendu un escalier aussi minuscule qu’un passage secret. La garde républicaine jouait du tambour. Je suivais le secrétaire perpétuel et la présidente de séance. Tout le monde s’est levé, m’a regardé. J’avais la boule au ventre. J’angoissais au moment du discours, je craignais de bafouiller, n’étant pas très adroit pour parler. Mais je crois que ça s’est bien passé.

Au lieu d’une biographie, votre discours était plutôt un éloge à votre art et à vos prédécesseurs…

J’avais pour consigne de parler de moi mais j’ai préféré prendre du recul. Rendez-vous compte, la danse attendait de faire partie de l’Académie depuis 1803 ! C’est un art qui a toujours été méprisé, jamais réellement pris au sérieux. C’est aussi le cas de ma carrière, que j’ai fait aux forceps. Donc mon destin est lié à celui des chorégraphes oubliés. 

Vous voulez dire que la danse a été oubliée pendant des centaines d’années ?

Au XVIIe siècle, pour être un gentilhomme, il fallait savoir se battre à l’épée, monter à cheval, nager et danser. On ne pouvait vivre en société sans savoir danser. Trois académies existaient : l’Académie française, l’Académie royale de peinture et de sculpture, et l’Académie royale de danse, décidée par Louis XIV juste après son mariage à Saint-Jean-de-Luz. La Révolution a mis fin à ces institutions. Sous Bonaparte, l’Institut de France puis l’Académie des Beaux-Arts ont rouvert mais la danse n’y avait plus sa place. Les chorégraphes français ont demandé qu’elle soit reconnue. En vain. Puis la danse française a été sous domination italienne et russe. Pourtant, dans l’ombre, des hommes et des femmes ont œuvré pour elle. C’est à eux que je veux rendre hommage. J’adore les ramener à la surface. Je me sens comme leur messager.

D’ailleurs, les noms de treize chorégraphes connus ou oubliés sont gravés sur la garde de mon bâton. Et la coquille d’escargot, sur le pommeau, symbolise la renaissance et le retour de la danse au sein du cortège des arts.

Il aura donc fallu attendre 2018 pour que la chorégraphie soit officiellement réintégrée aux Beaux-Arts… Qu’implique, pour vous, cette reconnaissance ?

Ce n’est pas une décoration, mais un engagement. Avec les trois autres chorégraphes académiciens, Blanca Li, Angelin Preljocaj et Carolyn Carlson, nous nous réunissons une fois par semaine, nous donnons notre avis sur certains sujets, nous remettons des prix. L’une des premières actions sera l’attribution d’un studio atelier à Paris pendant un an, ainsi qu’une prime mensuelle de 1500 € à un chorégraphe que nous devons choisir.

Vous attachez aussi beaucoup d’importance à l’apprentissage de la danse auprès du jeune public. Pourquoi ?

Sans la danse, il n’y aurait pas d’enfants. Depuis le premier slow d’Adam et Eve, on connaît ses bienfaits, et il serait temps qu’elle soit enseignée dans les écoles. Quand nous travaillions avec des classes à l’année, et même sur deux ans, les résultats étaient bluffants. Certains élèves, peu à l’aise avec les matières scolaires, osaient faire le pas avec leurs corps. Ils se révélaient et devenaient sujet d’admiration… ce qui rejaillissait sur les autres matières. Les vertus psychologiques de la danse sont indéniables.

Quelle est l’actualité du Malandain Ballet Biarritz ?

La compagnie continue ses tournées habituelles*. La troisième édition du Concours de jeunes chorégraphes de ballet a lieu le 17 juillet. Six chorégraphes présenteront une œuvre avec quatre à six danseurs devant un jury. Le gagnant ou la gagnante pourra créer un ballet au sein de l’Opéra National de Bordeaux et de l’Opéra National du Rhin et obtiendra une importante bourse de notre part. Les chorégraphes récompensées lors des précédentes éditions font carrière aujourd’hui. C’est important pour nous d’accompagner les nouveaux talents.

De quoi seront faits vos prochains mois, vos prochaines années ?

De créations, du festival Le Temps d’Aimer… Mais pour l’avenir lointain, c’est l’inconnu. Mon contrat actuel se termine en décembre 2024. Et je ne me projette pas du tout dans l’avenir. Je suis viscéralement dans le temps présent. Je fais les choses quand elles se présentent. Je ne rêve pas. 

Aurez-vous tout de même envie de repos, d’écriture, de voyages ? 

Actuellement, ma compagnie m’occupe énormément. La recherche et l’écriture me prennent mes nuits. Les créations me coûtent physiquement. Quant aux voyages, ils sont mon quotidien professionnel depuis l’âge de 18 ans. Et je viens d’en avoir 63. Peut-être que je profiterai davantage des plages de Biarritz, d’Anglet ou du sud des Landes…

* En moyenne cent représentations annuelles dont un tiers à l’international.

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