Rencontres

Côte Basque Madame n°26

Sebastien Minvielle et Alicia Munoz

Engagement

Elles sont Maires !

Par Alicia Munoz

Élues maires le 28 juin dernier, elles sont en première ligne pour administrer leur ville ou leur village. Exerçant leur premier mandat en pleine période de pandémie, ces femmes doivent relever de nombreux défis. Rencontres.

Maïder Arostéguy, maire de Biarritz

« Les femmes : un leadership de plus grande écoute et de plus grande disponibilité »

1- Avant d’être maire, quelle profession exerciez-vous ?

J’étais conseillère en organisation des entreprises pour de grands groupes internationaux (…). J’ai ensuite co-créé une structure pour accompagner et coacher des managers et des dirigeants d’entreprises. Autre casquette : je suis associée, avec mon frère, au sein de la Maison Arostéguy, entreprise familiale. J’ai commencé à m’engager dans la vie politique locale en tant que conseillère départementale, un peu par hasard. Petit à petit, le travail réalisé m’a donné le goût de la chose publique, puis de m’investir en tant que maire.

2- À quoi ressemble le quotidien d’une maire ?

Ce sont des journées de 14 heures, où il n’y a jamais de routine… Le téléphone est quasiment branché en permanence pour répondre aux appels et aux messages. Mais j’essaie de sanctuariser les dimanches et de m’astreindre à une pratique sportive régulière. Le temps familial est réduit à sa plus simple expression mais heureusement, mes deux enfants sont désormais grands. 

3- Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre prise de fonction ?

 

C’est évidemment la capacité à devoir gérer toutes les urgences. On peut être sollicitée sur des sujets diamétralement opposés et devoir aller à la rencontre d’interlocuteurs très différents dans une seule et même journée. C’est ce qui rend la fonction passionnante à mes yeux.
Par rapport au monde de l’entreprise, l’élu n’est pas dans le schéma de management classique car il n’a pas de pouvoir hiérarchique. Le maire et son cabinet organisent le travail et les services mettent en musique les orientations politiques sous la direction du Directeur général des services. 

4- Quelles sont les qualités d’une femme en politique ?

Le leadership féminin me semble être un leadership de plus grande écoute et de plus grande disponibilité. Une aptitude qui est très certainement en lien avec le fait de devoir gérer à la fois sa vie professionnelle, sa maternité, l’entretien du foyer, etc.

5- Durant la campagne, est-ce un atout ou un défaut d’être une femme ?

La campagne est une très belle aventure humaine mais c’est aussi un rude combat. Il est certain qu’en tant que femme, nous devons davantage nous légitimer qu’un homme, que l’on juge de fait compétent. Ce qui m’a le plus frappé est de devoir se positionner vis-à-vis d’un schéma de pensée qui voudrait que l’on s’affiche soit en tant que femme forte et plutôt masculine, ou alors en tant que pasionaria, qui s’agite pour se faire entendre. De ce fait, on a voulu me coller des étiquettes alors que je me situe plutôt entre les deux.

6- Quelles sont vos priorités en tant que maire ?

Dans la période d’installation d’un mandat, on est dans l’urgence de tout. Ce qui a bien sûr été accentué par la crise du Covid 19. Mais je veux évidemment répondre à l’attente de changement que j’ai ressenti de la part des Biarrots, notamment autour des questions environnementales et de la démocratie participative (…). J’ai également à cœur de leur permettre de participer aux projets, qu’ils soient petits et grands.

Isabelle Pargade, maire d’Hasparren

« Une formidable opportunité de changer le monde »

1 – À quand remonte votre désir de vous investir dans la vie locale ?

L’engagement associatif est un peu inscrit dans mon ADN. Étant née et ayant grandi à Hasparren, j’ai eu l’occasion de m’engager dans plusieurs associations locales. Avant d’être maire, j’ai été conseillère municipale, adjointe au maire et élue au sein du Conseil départemental. Mais j’ai aussi et surtout été enseignante d’EPS au collège d’Hasparren.

2 – Votre meilleur (ou pire) souvenir de campagne ?
Je préfère garder le souvenir d’une aventure collective, où les compétences de chacun ont permis de réfléchir à des solutions concrètes. Mon meilleur souvenir : la première réunion publique où j’ai présenté mon équipe. La salle était comble et j’ai ressenti un grand enthousiasme pour notre projet. Je me suis dis « même si nous perdons, je serai fière d’une équipe qui s’est investie sur le terrain et qui incarne le changement » .

3 – Être une femme au « pouvoir » avantage ou défaut  ?

Plus qu’une question de genre, l’élection d’un maire est une question de projet, de liste et de confiance. Il est indispensable de s’investir à 100 %, d’aller à la rencontre des habitants. C’est pourquoi je me suis mise en disponibilité pour mener à bien ma campagne et mon mandat. Comment le faire si on est parasité sans cesse par son métier ou d’autres contraintes familiales ?

4-Quel sujet vous tient particulièrement à cœur ?

Notre population ayant augmenté de 20 % en 10 ans, il est important de maîtriser l’urbanisation en évitant les grands complexes immobiliers. Le logement inter-générationnel à travers l’outil du bail réel solidaire, financé par l’OFS (Organisme de Foncier Solidaire) (…), est une solution qui permet de faciliter l’accès à la propriété pour les jeunes et les personnes âgées.
Ensuite, l’environnement et notamment la question du réchauffement climatique. Sur des communes aussi étalées que la nôtre, le développement du transport à la demande, de domicile à domicile, est essentiel. Gardons à l’esprit qu’à l’échelle locale, nous avons une formidable opportunité de changer le monde !

Et puis, il y a la Covid 19. Comment venir en aide à nos commerçants ? Nous menons des réunions publiques en ce moment et y travaillons intensément…

5-Vous n’avez jamais fait face à des attitudes irrespectueuses ?
Je me suis engagée dans la vie politique locale quand la parité a commencé à s’imposer au sein des instances. Mais il est indéniable qu’il subsiste quelques conservatismes et préjugés… À nous de les contrer ! 

Marie-Pierre Burre-Cassou, maire de Guéthary

« Être maire est une occupation de tous les instants »

1 – À quand remonte votre désir de vous investir dans la vie locale ?

En arrivant à Guéthary, il y a 26 ans, j’ai éprouvé le besoin de m’investir dans plusieurs associations pour apprendre à connaître mon village et ses habitants. En 2014, Albert Larrousset m’a demandé de rejoindre l’équipe municipale. Puis de fil en aiguille, je suis passée première adjointe et je l’ai remplacé quand il a dû démissionner pour raisons de santé. Mais trois ans, c’est une temporalité très courte pour administrer une commune. J’ai souhaité continuer pour donner du sens à mon action et voir les projets que nous portons se concrétiser.

2 – Quelle est/était votre profession  ?

Greffière au tribunal, à mi-temps. Pourtant, être maire est une occupation de tous les instants.

3 – Quel souvenir gardez-vous de la campagne ?

Cette campagne a été particulière du fait de mon adversaire qui était un non résident, avec toutes les craintes que cela implique pour l’avenir de notre commune. Nous ne souhaitions pas que des personnes présentes de manière épisodique imposent leur vision et leur mode de vie.
Mais il me tient à cœur de passer à autre chose. D’ailleurs, trois membres de cette liste ont intégré le Conseil municipal et nous travaillons, il me semble, en bonne intelligence.

4 – Quel sujet vous tient particulièrement à cœur ?

L’environnement est indéniablement un fil rouge de notre action. Mais c’est aussi le logement pour les jeunes et les familles avec peu de ressources. À Guéthary, plus de 50 % des logements sont des résidences secondaires. Aussi, nous avons inscrit des objectifs de logements sociaux significatifs au cœur de notre PLU. Alors qu’en tant que petite commune nous sommes limités sur le foncier et nos leviers financiers,  

 

comment faire en sorte de continuer à développer des projets d’intérêt collectif, de redynamiser le centre bourg, etc. ? C’est un vrai challenge qui m’anime au quotidien !

5 – Comment concilier vie de famille, vie professionnelle et vie de maire ?

En tant que mère de trois garçons aujourd’hui adultes, il m’aurait été très difficile d’être maire avant qu’ils ne prennent leur indépendance. Beaucoup d’hommes, eux, ont la possibilité de le faire. Simplement car on attend bien plus d’une femme que d’un homme au sein du foyer. Il faut changer les mentalités et continuer d’appliquer la parité, en politique comme au sein des entreprises et de la vie familiale. C’est ainsi que nous donnerons envie aux jeunes femmes de s’engager.
Par ailleurs, un vrai statut d’élu local, y compris pour les maires de petites communes, permettrait de se consacrer à 100 % à la fonction. Les indemnités de maires de petites communes ne suffisent pas à satisfaire les besoins d’une personne qui vit seule.