Arty

Côte Basque Madame N°26

Crédits Photos - Olivier Houeix

Interview

Les arabesques de Thierry Malandain

Propos recueillis par Faustine François

Directeur du centre chorégraphique national / Malandain Ballet Biarritz depuis 1998, Thierry Malandain n’a jamais cessé d’imaginer et de produire des chorégraphies dans le style néoclassique. Toute l’année, il entraîne sa troupe de 22 danseurs permanents dans le but de revendiquer et transmettre sa passion aux spectateurs. Covid oblige, les représentations à l’étranger ont été annulées ainsi que de nombreuses dates à la Gare du Midi. Rencontre avec un défenseur de la culture face à cette crise inédite.

En pleine crise sanitaire, la culture est durement touchée. Dans quel état d’esprit vous situez-vous et comment gérez-vous cette nouvelle réalité ?

Cette étape est complètement utopique. Personnellement, j’ai encore plus besoin d’authenticité, moins de « show off », une envie de retourner à la base. J’aimerais que l’on reprenne les bases de l’art et de la culture, que l’on éduque les jeunes dans cette réalité à la place du vide. Après, pour la troupe, je me dois, nous nous devons d’être un maximum flexible pour continuer. Il va falloir que je fasse des ballets avec la moitié de mes danseurs, les tournées vont être scindées en deux, dans des lieux différents. Ça ne m’enchante pas mais il faut se préparer à tout…

Vos danseurs n’ont jamais cessé de s’entraîner ?

Mes danseurs sont au chômage partiel pour le moment mais ils doivent garder leur condition physique et travailler tous les matins. Pendant le confinement, il y avait des cours en ligne de différents ballets et compagnies. Ma troupe a beaucoup travaillé avec les supports en ligne du Ballet du Rhin notamment et ils pouvaient suivre en parallèle d’autres cours de différentes compagnies ou danseurs et les suivre à la maison.

L’État fait-il preuve de soutien dans cette étape compliquée ?

Si l’État voulait, il pourrait. C’est très facile aujourd’hui de communiquer sur la culture avec les réseaux sociaux et internet. Et au-delà de la crise, je pense qu’il faudrait vraiment plus pousser l’apprentissage des enseignements artistiques dès l’école. Pour voir et s’intérêsser à un ballet, il faut limite devenir insomniaque. La télévision passe les programmes de danse à 5h du matin… Après, démocratiser la culture est une décision de l’État qui appartient à l’État. Si la télévision avait aussi des vertus pédagogiques, c’est-à-dire montrer les savoir-faire quel que soit le domaine, je pense que plein de jeunes qui ne savent même pas où aller pourraient avoir la puce à l’oreille. Il y a plein de métiers exceptionnels que même moi, je ne soupçonne pas.

Pour parler de vous et de vos envies, n’avez-vous jamais pensé sortir de la case danse classique ?

Je ne sais pas faire autre chose. Oui, je peux m’amuser à faire conceptuel. Dans ce cas-là, il me faut trois jours pour faire un ballet. Je dis souvent que je pourrais faire une pièce avec les pompiers de la caserne d’Anglet et je suis sûr que j’aurais un succès fou… J’ai la chance que mes ballets parlent à tout le monde avec, en fonction du public, différents niveaux de lecture. Et ce que j’aime, c’est qu’ils parlent souvent aux gens qui ont des a priori sur la danse. Combien de fois des hommes, ici ou ailleurs, veulent me parler pour me dire qu’ils ont été émus ou étonnés ou surpris… et m’avouent qu’ils ont été tirés par leur femme et qu’ils reviendront parce qu’en fait, c’est aussi facile d’étonner les gens. 

Vous êtes désormais un personnage culturel bien connu de tous, comment réussissez-vous à maintenir de l’intérêt pour le public régional ?

Le problème est en effet de durer dans le temps. C’est très difficile d’être dans une ville depuis 22 ans parce qu’il faut vite se renouveler pour que le public ne vous lâche pas. Il faut toujours continuer de le surprendre tout le temps au niveau de la création. Et puis, nous ne sommes pas du tout aidé par l’extérieur.

Avez-vous une idée de programmation pour septembre – octobre – novembre et des dates à retenir en particulier ?

Le Festival « Le Temps d’Aimer » organisé par Biarritz Culture fête sa 30ème édition. Plus que jamais, il est question ici d’un temps de partage et de générosité autour de la danse avec un programme varié saupoudré dans différents lieux de la Biarritz (Gare du Midi, l’esplanade du Casino, Jardin Public… ). Parmi les festivités à ne pas louper, un bal est organisé sur le parvis de la Gare du Midi le samedi 19 septembre à 22h30 avec, au programme, des danses populaires du Pays basque, accordéon et autres instruments régionaux comme l’alboka. Du 11 au 20 septembre 2020, vous pouvez réserver auprès de la billetterie par téléphone, du lundi au vendredi de 13h à 17h au 05 59 22 37 88 et dans différents points de vente (offices de tourisme, Gare du Midi et Elkar à Bayonne). 

Plus de renseignements sur www.letempsdaimer.com